21 janvier 2007

Prends ton maquis!

                                                               J

Pendaisons à gogo, découverte miraculeuse du droit au logement, sacres à la mode Empire, qu'elle est riche l'actualité.
Voici venir la politique de la certitude, celle qui s'appuie sur des valeurs communes, traditionnelles et légitimes de ce qui est juste et ce qui ne l'est pas.
Aujourd'hui est progressiste celui qui raisonne sur ces acquis coutumiers.. Et, cela va de soi, la vérité est incarnée dans les valeurs républicaines, dans les discours irrationnels et larmoyants pour peu qu'ils nous rappellent combien c'était dur la guerre et que évidemment nous sommes tous des descendants de Jean Moulin. http://www.sarkozy.fr/

Pour ceux qui comme moi ne prêtent aucun crédit à la méritocratie, et pour qui rien ne coule de source, un petit oasis textuel auquel se raccrocher désesperemment quand les mégalos idéalistes vous traitent d'idéalistes mégalos.

    "Il fut un temps où l'on appelait libres penseurs les sans-dieu, les athées. Nous avons depuis longtemps dépassé ce stade. Chez les athées aussi, on peut trouver quantité de gens étroits d'esprit et sans énergie, avec une mentalité de petits-bourgeois, qu'on devrait considérer comme tout sauf des libres penseurs, alors qu'une disposition religieuse peut rendre un homme capable de la révolte spirituelle la plus audacieuse, et parmi ceux qui sont mort pour la cause de la liberté de pensée, la première place sera toujours occupée par Jésus de Nazareth.
Par liberté d'esprit, nous n'entendons pas un refus de la vérité, ni de l'éthique, du droit ou de l'autorité.
Au contraire, ce que nous voulons dire, c'est que la liberté d'esprit cherchera impitoyablement la vérité, ce soumettra à ce que dicte l'éthique, agira selon la loi et respectera l'autorité. Impitoyablement et constamment. Sans jamais battre en retraite pour quelque raison que ce soit, tirant l'esprit humain de sa somnolence pour qu'il reste toujours en alerte. Charchant la vérité derrière ou malgré toute espèce de vérité de e et de vérité de race; suivant la voie d'une éthique pure, en dépit des préceptes desséchés des "moralistes" et au delà de ces préceptes; tenant bon sur les fondements de la justice, même à l'encontre de la loi, et ne pliant que devant l'autorité de la bonté et de la vérité, luttant contre toute autorité factice qui repose sur un succès coorrompu et sur l'étalage de la puissance.
Il s'agit donc de rechercher la vérité et, quand les tabous de la tradition barrent le chemins, d'agir selon les postulats de l'éthique, même si les amateurs de compromis et les ooportunistes dénigrent cette attitude comme du "super-idéalisme", comme une marque de "juvénilité", comme du "donquichottisme" ou simplement parce qu'ils la trouvent inexpérimentée et irréfléchie. Il s'agit de prendre position pour la justice, même à l'encontre de la loi, et d'élever un autel à l'autorité des héros de la bonté et de la vérité sur les ruines de l'autorité des conventions, du cynisme, de l'ignorance et de l'inertie de l'âme."

Karl Polanyi, "La grande transformation".

Posté par the geek à 20:24 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Prends ton maquis!

    Réponse

    Bon alors voilà mon commentaire attendu de longue date (oui mes chevilles enflent)

    Je suis assez d'accord avec cette citation, ce qu'il faut en retirer c'est que tout est relatif, tout est question de point de vue et le libre d'esprit n'est pas toujours celui que l'on croit.
    Mais qu'est-ce que la liberté d'esprit? Rechercher la vérité? se conformer à l'éthique? Soit. Mais encore, qu'est-ce que la vérité? La vérité pour qui? Qu'est-ce que l'éthique? Des principes moraux? Des valeurs? Par essence subjectifs... Aussi, dire que la liberté d'esprit ne dépend pas de la condition, la religion... ok, mais vouloir se défaire de cette condition pour se rattacher à la "vérité", "l'éthique", n'est-ce pas se rattacher un boulet? Donc se dénier le qualificatif de libre penseur puisque l'on s'enferme dans ce que l'on considère comme la vérité ou l'éthique? Bref le serpent se mord la queue...
    Tout cela pour dire que tout libre penseur que l'on se considère, on n'en reste pas moins conditionné et emprisonné dans les murs que l'on s'est crée ou vu inculquer. Le libre pensée n'est pas possible puisqu'on se rattachera toujours à des choses forcément subjectives. On peut néanmoins penser...

    Voili voilà. Bisous.

    Posté par Agricultor, 31 janvier 2007 à 19:53 | | Répondre
  • Merci pour ta réponse, mais je voudrais apporter quelques précisions parce qu’on n’a pas la même lecture du texte. Je partage pas ton avis du « tout est relatif ». La libre pensée est subjective (encore que…) mais pas relative. Je m’explique, pour faire vite on peut penser que polanyi se réfère à platon. Donc il s’agit de rechercher non pas une vérité mais La vérité. Alors pour raisonner ainsi on part du principe que bien et mal existent, et qu’a priori l’homme peut les distinguer. Plus sa connaissance sera affinée plus il pourra distinguer La vérité des « espèces de vérité ». Alors pourquoi s’empêcher de penser à un Bien universel et unique?
    Ethique, morale et valeurs sont réelles, ok. Ces mœurs diffèrent d’un peuple à l’autre mais une société quelle qu’elle soit crée un système de valeurs qui s’imposent à l’individu. Bonnes ou mauvaises, ce ne sont donc que des constructions humaines ! Plus tard, elles deviennent des entraves à la libre pensée quand elles sont dépassées, abusives ou désuètes, ou quand elles sont tout court. Alors comment trouver le Vrai ? Certainement pas en s’enfermant dans les carcans d’une vérité factice, facile ou séduisante, bref en délaissant le vraisemblable.
    Le libre penseur est un chercheur… perpétuel et insatisfait. Mais il existe.
    Qu’ouïs-je ? Tu n’es pas convaincu et platon c’est vieux. Soit, pour te prouver que le Réel n’est pas relatif je te dirai que ce que tu oublies dans ta théorie, c’est le doute. Tout est relatif, donc le monde s’explique par lui-même... ? mmm chaud… Je vais pas plus loin mais c’est Descartes, grosso modo : le doute permet de ne pas s’arrêter aux vérités naturelles, c’est la base de la science, et donc de la pensée libre.

    Enfin, si la vérité n’est pas présente dans le monde sensible, tous les moyens sont bons pour élever son esprit, et les méthodes diffèrent, on le sait, connaissance, art, drogue, etc. Ce n’est qu’après cette étape de dépassement que l’on peut discuter d’objectivité et de subjectivité.
    Par exemple l’approche du réel en science n’est pas la même qu’en art, mais beaucoup s’y sont essayé avec talent, aussi quand tu dis que la libre pensée est impossible… Au pif un précurseur : Baudelaire ! Puis Mallarmé, puis les symbolistes. Pour aller plus loin dans l’art pour l’art, on trouve même Wilde et là c’est carrément un rejet catégorique de l’objectivité et de la morale. Et que penser d’un Lautréamont, et de son génial mépris de la normalité ?! Pour juger de leur conditionnement, peut être faudrait-il juger de leur intégration...
    Mais conditionnement, réalisme, déterminisme oblige, on pourrait en effet se contenter de penser, on peut aussi se contenter de beaucoup de choses…

    Posté par the geek, 05 février 2007 à 16:22 | | Répondre
  • J'ai rien compris :S ^^

    Posté par Agricultor, 05 février 2007 à 19:59 | | Répondre
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